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Campagne INGRID BETANCOURT Citoyenne d’honneur

 

La campagne "Ingrid Betancourt Citoyenne d'Honneur" est une campagne internationale destinée à soutenir les actions entreprises pour sa libération et pour la libération de toutes les personnes détenues en ce moment en Colombie (on parle de 3000 personnes en ce moment...).

Le principe est simple : sous l'impulsion d'un comité de soutien local ou de manière spontanée, nous demandons aux autorités locales de nommer Ingrid Betancourt "Citoyenne d'Honneur" de leur commune / municipalité. Cette décision doit être prise de la manière la plus "officielle" possible compte tenu de l'environnement et faire l'objet d'une publicité locale et régionale.

Le but est double :

· A travers les élus locaux nous voulons sensibiliser leurs électeurs. C'est une action qui dépasse les clivages de parti ou même de nationalité; c'est une prise de position citoyenne pour marquer clairement son support aux Droits Humains et à la Démocratie. C'est le rôle des élus de prendre position dans des cas comme celui-ci, et de le faire savoir à leur électeurs.

· Mais c'est surtout un moyen d'influencer ce qui se passe en Colombie - à la fois dans le camp gouvernemental et dans le camp des FARC. L'association des Amis d'Ingrid et sa famille assureront la publicité des résultats de cette campagne dans la presse colombienne et dans celle des pays qui ont des contacts avec les FARC. C'est un moyen de pression pour arriver à un dénouement non-violent de la situation.

L'action dépasse la personne d'Ingrid :

· A travers la personne d'Ingrid, c'est la situation des Droits Humains en Colombie que nous voulons adresser. Tout comme la campagne d'Ingrid qui a été réorientée par sa maman Yolanda vers une action de soutien pour TOUS les kidnappés,  c'est pour une solution globale du problème que nous nous battons. Cette solution inclut la libération d'Ingrid et de Clara Rojas, la libération de tous les autres détenus, et l'établissement - enfin - d'un État de Droit dans le pays.

· Dans cet état d'esprit, il sera proposé aux autorités locales qui le désirent de nommer Ingrid Citoyenne d'Honneur pour représenter les (3000 ?) personnes actuellement détenues en Colombie.

· Nous demandons aux comités de soutien et/ou aux élus eux-mêmes de nous écrire pour indiquer la participation de leur commune / municipalité quand celle-ci sera acquise. Les résultats seront mis à jour et affichés sur le site.

Campagne INGRID BETANCOURT

Citoyenne d’honneur

TABLE DES MATIÈRES

TABLE DES MATIÈRES *

Qui est Ingrid Betancourt? *

Sa situation actuelle *

Son combat *

Son combat, c’est le nôtre *

Que peut-on faire? *

 

ANNEXES *

Comment la Colombie en est arrivée là *

Entrevue avec Ingrid Betancourt *

L'incorruptible de Bogota *

Communes de l'Allier ayant voté la motion de soutien à Ingrid Betancourt *

Qui est Ingrid Betancourt?

Ingrid Betancourt est née en 1961, à Bogota, en Colombie. Elle passe une partie de son enfance en France, son père étant, quelques années, Ambassadeur de Colombie à l’Unesco. À Paris, elle voit défiler à la maison toutes les personnalités politiques colombiennes. Elle côtoie aussi le poète chilien Pablo Neruda et l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, amis intimes de ses parents, tous deux futurs Prix Nobel. Tous lui apprennent la grandeur de son pays.

Son père, lui, lui apprend qu’elle a une dette envers son pays : « Tu sais, Ingrid, la Colombie nous a beaucoup donné. C’est grâce à elle que tu as connu l’Europe, que tu as fréquenté les meilleures écoles et vécu dans un luxe culturel qu’aucun petit Colombien ne connaîtra jamais. Toutes ces possibilités dont tu bénéficies font qu’aujourd’hui tu as une dette envers la Colombie. Ne l’oublie pas. »

À 19 ans, elle quitte Bogota pour faire ses études à Paris. Diplômée de Sciences Po, elle se marie à Fabrice Delloye, un diplomate français. Elle aura avec Fabrice deux enfants, Mélanie et Lorenzo, qui ont aujourd’hui 16 et 14 ans. Elle vit pendant plusieurs années une vie tranquille de femme de diplomate mais elle s’ennuie profondément de sa Colombie natale.

En 1989, sa mère, qui sera bientôt sénatrice, travaille à la campagne électorale de Luis Carlos Galán, candidat à l’élection présidentielle de l’année suivante. En pleine guerre des bombes, Galán est le seul qui ose demander que la Colombie signe le traité d’extradition pour les narcotrafiquants que réclament les États-Unis. Le 18 août 1989, Galán est assassiné sous les yeux de la mère d’Ingrid. La vie d’Ingrid bascule. Elle comprend qu’elle doit revenir en Colombie et se battre.

Quelques mois plus tard, elle rentre donc en Colombie. Elle travaille à la campagne électorale de sa mère, puis entre au Ministère des Finances où, pendant trois ans, elle essaye de réformer l’État de l’intérieur. Déçue du manque de résultat, elle se lance en politique. Contre toute attente, elle est d’abord élue députée, puis sénatrice, avec le plus grand nombre de voix au pays - les sénateurs jouent un rôle plus important que les députés en Colombie. En 2001, elle démissionne du Sénat pour se lancer dans la campagne présidentielle de 2002.

 

Sa situation actuelle

Le 23 février 2002, quelques jours après la rupture des négociations de paix entre le gouvernement et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC, marxiste), Ingrid Betancourt se fait enlever en compagnie de Clara Rojas, sa directrice de campagne, par le M-15, un des groupes les plus durs des FARC. Depuis, les FARC ont émis un seul communiqué : ils désirent échanger leurs prisonnières, ainsi que cinq autres parlementaires contre des rebelles emprisonnés et donnent un an au gouvernement pour satisfaire à leurs exigences!

La réaction internationale a été assez timide. Jacques Chirac a immédiatement demandé au Président de la République Colombienne de ne rien faire qui puisse mettre en danger la vie d’Ingrid. La communauté européenne francophone est la plus mobilisée, car Ingrid, très francophile, a publié en français un livre intitulé La rage au cœur qui a connu un grand succès en 2001.

Les nouvelles actuelles ne sont pas encourageantes. Ingrid Betancourt est détenue par les « faucons » des FARC et ceux-ci refusent, pour l’instant, toute prise de contact et toute négociation.

Le père d’Ingrid, deux fois Ministre de l’Éducation en Colombie, est décédé en mars, sans avoir revu sa fille.

 

Son combat

Il faut connaître un peu la situation catastrophique de la Colombie pour comprendre le combat d’Ingrid Betancourt.

La Colombie est, depuis 30 ans, ravagée par une guerre civile qui aurait fait plus de 200 000 morts. La société civile est en pleine déliquescence. L’argent de la drogue corrompt tout : hommes politiques, fonctionnaires, policiers, journalistes, etc. L’enlèvement est une véritable industrie, on l’appelle là-bas la pêche miraculeuse. Les pauvres sont complètement exclus de la vie économique, a fortiori lorsqu’ils vivent dans des régions éloignées de la capitale, où le peu d’argent investit dans le développement économique est détourné au profit des mafias locales. Les enfants vivent dans des conditions déplorables.

Pourtant la Colombie n’est pas une république bananière! À cet égard, un article très intéressant de Julien Genin (Annexe A) montre la dérive tranquille de la Colombie dans les 30 dernières années.

Ingrid se bat contre la corruption, les narcotrafiquants, la violence, et aimerait offrir un autre avenir aux enfants colombiens que celui qui leur est actuellement prédit. Elle se bat avec l’énergie du désespoir, au péril de sa vie. Voyez l’entrevue qu’elle a accordée à Bernard Meeus de Le Soir Magazine en Annexe B.

 

Son combat, c’est le nôtre

Est-ce que l’on peut vraiment penser que le combat d’Ingrid Betancourt n’est pas le nôtre?

Ce serait oublier que la Colombie est le principal pourvoyeur de cocaïne du monde occidental! Que nous le voulions ou non, la situation colombienne pèse déjà directement sur notre vie quotidienne et l’avenir de nos enfants.

Mais plus loin que cela, le combat d’Ingrid Betancourt pour la démocratie, pour la justice sociale, pour les enfants, contre la corruption, la violence et les enlèvements, n’est-il pas le nôtre aussi?

Les élus locaux, les syndicalistes sont les cibles privilégiées des groupes paramilitaires : au 30 juin, on comptait déjà 16 maires assassinés depuis le début de l’année en Colombie! L’archevêque de Cali, lui-même, a été assassiné le 16 mars par les narcotrafiquants qui lui reprochaient d’avoir dénoncé leur rôle dans la politique colombienne, juste avant les élections législatives de la semaine précédente.

Qu’Ingrid Betancourt soit ou non la femme providentielle dont la Colombie a besoin, c’est son action et sa personne qui doivent nous interpeller. C’est aussi le fait qu’elle ne soit qu’une des 3000 personnes actuellement enlevées en Colombie!

 

Que peut-on faire?

Nous croyons que la paix ne pourra être restaurée en Colombie qu’après des négociations sérieuses, entre toutes les parties en présence.

La corruption, la culture de la drogue, ces fameuses « pêches miraculeuses » ne disparaîtront pas tant qu’une alternative économique viable ne sera offerte aux populations les plus démunies. Pour cela, il faut la paix et une solide coopération économique avec ses voisins, c’est-à-dire nous.

Est-ce que nous avons un rôle à jouer en tant que citoyens ? Certainement!

q En montrant aux Colombiens que nous sommes solidaires des 3000 personnes actuellement otages et que nous en exigeons la libération immédiate et sans condition.

q En montrant aux Colombiens qui luttent pour la justice sociale, contre la corruption et les cartels de la drogue que nous les soutenons.

q En montrant aux Colombiens que nous n’acceptons pas les entraves à la démocratie que constituent les assassinats et les enlèvements de politiciens, syndicalistes, prêtres, etc.

q En montrant aux Colombiens que nous voulons travailler avec eux pour l’avènement d’un État de droit en Colombie.

En accord avec la famille d’Ingrid, les comités de soutien qui se sont formés en Belgique, en France, au Canada, en Italie, en Irlande et dans une vingtaine d'autres pays ont décidé de monter une campagne de soutien à Ingrid Betancourt et de profiter de la situation pour attirer l’attention sur la situation globale en Colombie. Une campagne internationale vient d’être lancée visant à donner à Ingrid Betancourt le statut de Citoyenne d’honneur de centaines de municipalités à travers le monde, au nom des quelque 3000 Colombiens actuellement kidnappés.

 

 

 

Que se passera t-il ensuite?

Nous pensons que votre engagement fera boule de neige et incitera de nombreuses autres villes et villages de Belgique, du Canada et d’autres pays à suivre la même voie.

Le premier objectif de cette campagne, en conjonction avec notre pétition, est de montrer au peuple colombien que la communauté internationale est solidaire dans ces moments difficiles.

De montrer également que cette communauté internationale est prête à oeuvrer concrètement pour la libération des 3000 personnes kidnappées et pour la restauration de la paix et de la démocratie en Colombie, en respectant la souveraineté des Colombiens.

Nous souhaitons également qu’elle incite les gouvernements amis de la Colombie, dont le gouvernement français, à agir dans le même sens.

Nous travaillons en contact étroit avec Fabrice Delloye, ex-mari d’Ingrid et père de ses deux enfants, ainsi que son fils Sébastien. Lui-même est en relation étroite avec la mère d’Ingrid, qui a pris la direction de sa campagne et met l’accent sur le retour des 3000 personnes enlevées.

 

ANNEXES

Annexe A

Comment la Colombie en est arrivée là

Ci-dessous la communication que Julien Genin a adressé au journal Le Monde, et qu’il nous a très cordialement autorisé à publier sur ColombiaWeb.Net

 22 mai 2001

u cours de ces trois derniers mois, Le Monde a publié les articles suivants concernant la sénatrice colombienne Ingrid Betancourt.

08.03.01 : Dans sa chronique de télévision, Luc Rosenzweig commente, sous un titre "Les bons apôtres" légèrement péjoratif (quoique le contenu ne le soit pas), le reportage que F3 lui a consacré.

23.03.01 : Votre correspondante en Colombie, Marie Delcas, rapporte longuement les railleries dont la presse colombienne accable à la fois la sénatrice et le succès que son livre "La rage au cœur" a remporté auprès du public français.

06.04.01 : Le supplément littéraire du Monde ouvre ses colonnes aux arguties juridiques de l'ancien président colombien mis en cause dans le livre... et surtout dans son pays où il a frisé la destitution.

Et c'est tout.

Et c'est unilatéral.

Et c'est dommage, car le phénomène Ingrid Betancourt mériterait d'être traité non seulement de manière plus équitable mais avec plus de sérieux. Permettez-moi d'essayer de vous expliquer pourquoi.

C'est en Colombie, depuis environ 25 ans, que s'est organisé et industrialisé le trafic des stupéfiants selon des méthodes modernes et à une échelle sans précédent. Avec comme corollaires l'expansion planétaire des flux financiers illicites et du blanchiment d'argent.

Pourtant, la Colombie apparaît, sur le plan institutionnel, comme une démocratie modèle. C'est aussi un pays qui n'a jamais failli à ses engagements financiers internationaux. En général, ses dirigeants et ses entrepreneurs sont des gens intelligents, cultivés et agréables à fréquenter. La population est accueillante et futée. Ce n'est donc pas une république bananière telle que certains peuvent se l'imaginer ... bien que la culture de la banane compte parmi ses nombreuses ressources et, soit dit en passant, nourrit un vieux contentieux commercial avec l'UE.

C'est dans ce même pays que sévit la plus ancienne et la plus active guérilla d'Amérique du Sud. Diverses milices soit-disant anti-subversives ajoutent à la violence, avec pour conséquence une guerre civile rampante et endémique qui fait chaque année des dizaines de milliers de victimes.

L'État a, de fait - et même, dans certains cas, de droit - abandonné sa souveraineté sur de vastes territoires.

Les Etats-Unis ne cessent de réfléchir vainement à la manière d'en finir avec une situation contraire à leurs intérêts stratégiques, politiques et commerciaux dans le sous-continent américain.

La Colombie est un pays qui nous intéresse. Mais il est complexe, si difficile à comprendre que beaucoup se lassent d'essayer de le faire autrement que par la fréquentation intellectuelle de ses quelques brillants écrivains, peintres et autres poètes.

Comment la Colombie en est-elle arrivée à ce chaos politique, social et moral ?

A la fin des années 60, la nation colombienne, peut-être pour la première fois depuis le Libérateur éclairé - et renié - Simon Bolivar, se trouve réconciliée avec elle-même grâce au pacte d'alternance scellé quelques années plus tôt par ses deux grands partis traditionnels. Le pays s'engage alors résolument sur la voie du progrès, entraîné par une oligarchie dynamique affichant comme devise "Passer de la mule au jet" et par tout un petit peuple motivé par un désir enthousiaste de promotion sociale.

La guérilla ne rassemble plus que quelques groupes quasi folkloriques. Les violents irréductibles se cantonnent dans le crime de droit commun.

La décennie qui suit voit la modernisation et la stabilisation du pays. C'est aussi une période d'occasions manquées qui mériterait la mention "Aurait pu mieux faire". En effet, le partage constitutionnel du pouvoir dégénère en cooptation et clientélisme. Le manque d'oxygène en politique conduit les contestataires du M19 à reprendre les armes (mais non sans humour).

Dans le domaine économique, les technocrates privilégient la planification par rapport à l'action. Trop d'entrepreneurs, manquant de confiance en leur nation, préfèrent placer clandestinement leurs profits à l'étranger plutôt que de les réinvestir sur place.

L'establishment se complaît dans la contemplation de sa propre satisfaction, prenant ses indéniables succès pour des aboutissements, alors qu'ils ne sont que premiers balbutiements. On prend ses distances vis-à-vis de l'étranger, comme si la Colombie était le Brésil.

Refoulés en dehors du cercle fermé de l'oligarchie politique et financière, certains hyperactifs vont alors exercer leurs incroyables talents dans la marginalité.

C'est vers la fin des années 70 qu'ont commencé à rire ceux qui raillent aujourd'hui la démarche morale et politique d'Ingrid Betancourt.

D'abord, qu'ils étaient sympathiques ces contrebandiers colorés des Caraïbes qui fournissaient en marijuana les hippies américains ! Quand ils "couronnaient", c'est-à-dire quand ils arrivaient à passer un bateau entier d'herbe en Floride, leurs fêtes excitaient la curiosité des notables !

Ensuite, ces industrieux brigands d'Antioque (Medellin) devinrent presque un motif d'orgueil national, eux qui réussissaient à répandre dans le monde entier la cocaïne produite sur le sol colombien à partir de matière première provenant du Pérou et de la Bolivie. Rigolo aussi l'impeccable zoo privé "clandestin" de Monsieur Escobar ... ouvert au public ! Quoique plus discrets, ses concurrents de Cali n'étaient pas en reste, dans la grande tradition de rivalité entre ces deux pôles industriels.

Quand les valises de dollars commencèrent à encombrer certains établissements financiers, la banque centrale leur ouvrit un guichet spécial !

Comme à l'époque, sa consommation était pratiquement nulle dans le pays, les gens bien pensants ne voyaient dans la drogue qu'un produit d'exportation à l'usage des gringos. Pourquoi ne pas en profiter ? Certains, anticipant sa légalisation prochaine, déposèrent des marques.

Les devises entraient, le sous-emploi diminuait, l'économie se portait bien. Si collectivement la société colombienne dans son ensemble recueillait indirectement les bénéfices d'activités criminelles, très peu de ses membres avaient à s'y salir directement les mains. On pouvait donc être optimiste et avoir la conscience en paix. Même quand, les lois de la concurrence se confondant avec celles de la jungle, on vit de plus en plus souvent le sang couler.

Mais le plus hilarant, ce fut quand Pablo Escobar - un peu comme Ingrid Betancourt aujourd'hui - prétendit former son propre parti politique, se faire élire au Congrès et vouloir être un jour président. Il y a des gens qui ne savent pas rester à leur place. On le lui dit.

Dépourvu de sens de l'humour et pour se faire prendre au sérieux, Don Pablo fait assassiner le ministre de la justice, exploser un avion plein de passagers, dynamiter un centre commercial etc. L'establishment cesse de rire. Pour un temps.

L'élimination du ministre de la justice est un événement crucial à partir (et non à cause) duquel le pays bascule de la comédie dans la tragédie.

On prend soudain conscience de la puissance et de la nuisance des narcotrafiquants. Pendant que les gens de bien, au prix de leur vie, improvisent une opposition civique et démocratique, certains s'empressent d' offrir leur collaboration aux mafieux, alors que d'autres essayent de leur rendre coup pour coup ou d'allumer des contre-feux.

Désormais, l'état de droit va se dégrader, la classe politique s'affaiblir et se discréditer, tantôt par impuissance tantôt par corruption; la narco-industrie va prospérer, l'anarchie s'installer, la violence se généraliser.

Le pays éclate en une multitude de factions. Les partis en présence, qu'il s'agisse de la société civile, des militaires, des mafias, de la guérilla, ou des paramilitaires, se fractionnent en groupes divergents qui nouent et dénouent entre eux des alliances contre nature au gré de leurs convenances du moment.

Un pouvoir politique déliquescent revient par élections de plus en plus truquées à une succession de personnages dont on reconnaîtrait volontiers, vu les circonstances, qu'ils ont fait de leur mieux, si seulement eux-mêmes renonçaient à perpétuer et à défendre le système qui les y a portés. Au lieu de cela, l'establishment s'est progressivement accommodé de la situation et résigné à l'inadmissible.

C'est pourquoi ceux-là mêmes qui se gaussaient jadis de l'émergence des parvenus de la drogue, s'esclaffent à nouveau quand ils entendent une Ingrid Betancourt dénoncer leurs perversions et les exhorter à mieux se comporter.

C'est aussi pourquoi il est choquant que Le Monde serve de caisse de résonance à ces quolibets, sans chercher à en savoir plus sur l'action de celle à qui ils s'adressent.

Car, enfin, que reproche-t-on à Ingrid Betancourt ?

D'être une femme ? Les Colombiens n'ont pas ce genre de machisme en politique. Ils sont depuis longtemps habitués à voir leurs concitoyennes occuper des positions de tout premier plan dans la vie politique et dans les affaires.

D'être issue d'une classe privilégiée ? L'élite à laquelle Madame Betancourt appartient est beaucoup plus intellectuelle que financière. Le premier - et peut-être le plus dangereux - de ses défis, elle le lance à sa propre caste dont elle démasque les carences et la complaisance. D'où l'ostracisme médiatique qui lui est appliqué en Colombie et que Le Monde, bizarrement, relaye en France. Nous sommes probablement encore trop conditionnés par le stéréotype du révolutionnaire en treilli, cagoulé ou barbu pour accepter sans réticence l'image d'une personne normale.

Les Français prennent-ils Ingrid Betancourt pour une Jeanne d'Arc tropicale ? Pas du tout. Plus simplement, en France, après l'avoir lue, entendue et vue, on reconnaît, on aime et on respecte en cette jeune femme quelqu'un qui sait dire "Non !" et ose crier "J'accuse !".

Quant aux voix qui l'auraient appelée à monter au créneau, elles n'ont malheureusement rien de fantasmagorique. C'est la voix de sa mère, lui apprenant l'assassinat sous ses yeux de Galàn, le charismatique candidat à la présidence, qui provoqua le déclic.

L'attentat manqué dont raconte avoir été la cible Madame Betancourt a-t-il bien eu lieu ? Les menaces qu'elle reçoit sont-elles si sérieuses ? On serait tenté de répondre "peu importe", tant ce risque, en Colombie, est partagé par tous ceux qui acceptent ou sont contraints d'y vivre. Le courage singulier d'Ingrid Betancourt est justement d'avoir choisi, elle, de regagner son pays pour y mener son combat politique, alors que tant d'autres options de vie douillette lui auraient été plus naturelles. Car si en France un faux attentat n'empêche pas de devenir président, en Colombie de vrais attentats empêchent fréquemment les candidats de devenir des élus.

On reproche parfois à Madame Betancourt son manichéisme. Ses condamnations sans appel ne visent pas les personnes en tant qu'individus mais le dysfonctionnement global du système politique. Prenons comme exemple l'ex-président Samper. Comment un homme si foncièrement intelligent et affable (lui-même criblé de balles dans un attentat) est-il amené à feindre d'ignorer - au minimum - tant d'horreurs commises dans sa sphère d'influence ? Ingrid Betancourt s'en étonne elle aussi dans son livre, mais le drame colombien est là : que des surdoués maléfiques comme Pablo Escobar et ses émules aient tenté de bâtir ex nihilo un empire du crime est une chose; que toute une société de braves gens les aient laissé réussir sans être capable de proposer d'alternative en est une autre qu'attaque vigoureusement la sénatrice.

Ceux qui votent pour Madame Betancourt sont une faible minorité de nantis urbains plutôt jeunes et de pauvres secourus par sa mère, argumentent certains. C'est facile à dire, quand on sait qu'une masse d'électeurs monnaye ses suffrages. Mais sur le fond, rien de plus encourageant que de voir des gens très différents mus par la même aspiration de pouvoir développer leur potentiel, quel qu'il soit, dans une société ouverte et pacifique, semblable à celle que la jeune sénatrice a connue en France et souhaite pour son pays.

Le "Plan Colombie" des Américains est-il susceptible d'imposer la paix civile ? Les Européens étant invités à y contribuer, le débat nous concerne. Dans d'autres temps, les Etats-Unis n'auraient pas hésité à installer en Colombie un régime dur, suffisant pour protéger leurs intérêts à défaut de ceux des populations locales. Les paramilitaires colombiens, à qui Le Monde vient de donner, à eux aussi, largement la parole, leur auraient sans doute prêté main forte. Les Etats-Unis savent que cette formule est démodée mais n'en ont pas encore inventé de nouvelle. Et l'UE de traîner les pieds. Ce n'est donc pas de là que viendra une - mauvaise - solution.

Enfin, la grande question : Ingrid Betancourt ferait-elle un président crédible ? Ses prédécesseurs l'ont-ils été ? L'échec de toutes les tentatives passées de réconciliation nationale plaide en faveur d'un changement radical dans la manière de faire de la politique et de gouverner. Le chemin sera sans doute très long avant d'atteindre un résultat durable, mais il commence par la prise de conscience, dans toutes les couches de la société colombienne, et surtout chez ceux qui y exercent des responsabilités, que pendant longtemps on s'est bel et bien trompé et qu'il faut donc changer.

Cette tâche épuisera probablement plusieurs Ingrid Betancourt, mais l'essentiel n'est-il pas pour les Colombiens de commencer à marcher dans le bon sens ? La sénatrice Betancourt a l'immense mérite - et le talent - de parler un langage nouveau afin d'expliquer aux gens, très simplement, qu'il y a moyen de vivre autrement.

Son discours mérite au moins le respect. Quant à ceux qui en rient, ce sont les mêmes de toujours. Et ils ne devraient pas.

Julien GENIN

Annexe B

Entrevue avec Ingrid Betancourt

Bernard Meeus - Le Soir Magazine

 

Silhouette légère mais détermination de poids. Ingrid Pulecio Betancourt, 40 ans, vous regarde droit dans les yeux quand elle évoque son action en Colombie. Une action légitimée par les urnes (elle est sénatrice depuis 98 avec un record de voix) et jusqu'au-boutiste. Sa cause, c'est son pays. Ses ennemis: la corruption généralisée, les cartels de la drogue, les infamies politiques. Son but: ramener la démocratie à Bogota et briser la spirale de la misère. Ses méthodes: dénoncer les scandales, dire la vérité, croiser le fer avec la mafia. Au péril de sa vie. En payant le prix fort. Ingrid Betancourt a essuyé les insultes, les rumeurs assassines, les menaces sur ses enfants, les tentatives de meurtre. Plus on l'attaque, plus on la mobilise. Cette femme-là a des accents sincères. Elle ne se prend pas pour la providence. Elle est guidée par sa conscience. Elle veut convaincre et a même entamé pour ce faire une grève de la faim qui l'a menée au coma en 1996. En lutte depuis dix ans, elle est devenue aussi gênante que populaire. Elle incarne la résistance et l'espoir, la dignité et la chance de tourner le dos à des pratiques qui ne sèment que la ruine, la violence et la peur.

BERNARD MEEUS: Vous avez renoncé à une vie dorée pour vous engager. Quel fut le déclic de votre combat?

INGRID BETANCOURT: Je vivais en France. J'avais 28 ans. J'étais mariée et mère de deux enfants. Une nuit d'insomnie, j'ai reçu un coup de fil de ma mère depuis la Colombie. Elle était en larmes et m'avertissait qu'on avait tué Luis-Carlos Galán, le candidat à la présidence qui incarnait l'espoir d'un renouveau. C'était il y a dix ans, la Colombie vivait sous les bombes, en pleine guérilla contre Pablo Escobar. Le pays était écartelé entre le bien et le mal. Avec la mort de Galán, on a eu l'impression que la victoire était dans le camp du crime. Mon père m'avait éduquée dans l'idée que j'avais une dette envers la Colombie, qui l'avait nommé ambassadeur en France. Je me suis dit qu'il fallait se battre pour la liberté et rentrer au pays.

BM: Le pays était-il à ce point en danger?

IB: C'était un tremblement de terre: on a vu le gouffre s'ouvrir devant nous. La lâcheté n'était plus de mise.

BM: Comment faire pour s'armer de courage à 28 ans et sans expérience?

IB: Le premier mouvement est viscéral. Il part du ventre. C'est comme une grande colère. J'étais choquée par ce que j'ai découvert en Colombie. Et j'ai choqué à mon tour pour provoquer une réaction des Colombiens. J'ai débarqué avec une vision européenne du rôle de l'Etat, je l'ai verbalisée, et les gens ont compris. Ils avaient besoin que quelqu'un nettoie la plaie. Au départ, on ne sait pas par où commencer. On y va et on quitte le champ de l'abstrait. En matière de corruption, on donne des noms! Je sais que je m'en prends à des gens très puissants qui veulent me détruire. C'est mon premier combat, pour survivre, pour me défendre. Je me bats comme une folle pour continuer.

BM: Vous soupçonniez cette force en vous?

IB: Disons que j'ai traversé des moments durs qui ont renforcé mon caractère. Mais je me serais volontiers passé de cette vie-là!

BM: Comment oser s'attaquer aux cartels de Medellin, puis de Cali quand on est aussi fluette que vous? N'est-ce pas un peu insensé?

IB: Ces considérations n'entrent pas en jeu. Seule compte la contribution en tant qu'être humain, de donner un bon exemple pour voir ensuite d'autres reprendre le flambeau. J'aurai peut-être la chance d'assister à la transformation de la Colombie. Je voudrais voir ce pays en paix et savoir que mes petits-enfants seront fiers d'être colombiens. J'ai connu une autre Colombie il y a vingt ans. La drogue s'y est implantée à cause de la corruption politique, c'est à elle qu'il faut s'attaquer en priorité.

BM: Etre femme n'est-il pas un handicap de plus dans ce contexte?

IB: C'est un avantage parce que la Colombie est un pays en guerre et que les hommes ont laissé la place libre. Nous subissons le machisme ambiant mais nous assumons: 70% des chefs de famille sont des femmes. Gabriel Garcia Marquez a dit que les femmes devront gouverner car elles réussiront là où les hommes ont échoué et que cette espérance appartient au XXIe siècle. Nous sommes dans un monde d'hommes où l'on règle les conflits par une balle dans la tête. L'accès au pouvoir est difficile, mais je me bats, même si on m'attaque sur ma vie privée! Je reçois des coups et j'en donne et je reste résolument indépendante.

BM: Vous n'avez pas peur?

IB: Je vis avec la peur, je dors avec la peur. C'est ma compagne. Elle me suit partout. Je suis prête à payer le prix, même si c'est la mort.

BM: La démocratie en Amérique latine a-t-elle le même sens qu'en Europe?

IB: Il faut absolument lui donner le même sens. On ne peut pas se contenter de moins. La démocratie doit être totale, elle doit s'améliorer chaque jour. Il faut se battre pour elle avec conviction. Et ne jamais se dire que tout est fichu, qu'on est battu d'avance car c'est déjà perdre dans sa tête.

BM: Concrètement, comment agir?

IB: Il faut dénoncer, réveiller les consciences, poser des exigences. Il faut que la démocratie apprenne à rendre des comptes. Il faut parler, désigner les corrompus, faire fonctionner la justice et punir les coupables. L'impunité prospère si tout est caché.

BM: Le drame de la Colombie, c'est la culture de la coca. Peut-on bâtir un avenir, notamment agricole, sans la coca?

IB: Evidemment. La Colombie était autrefois très prospère avant que la cocaïne ne pourrisse tout. Les terres fertiles ne manquent pas, l'agriculture est riche. La coca pousse où rien ne pousse, dans la forêt amazonienne au sol acide. Le problème est social, il touche 200.000 familles exclues des bonnes terres productives appartenant aux narcos. On veut nous faire croire que l'éradication de la coca par des raids chimiques va tout régler; en fait, cela causera une catastrophe écologique dans un espace naturel fragile. Le problème est criant: pour obtenir l'équivalent de ce qu'on produit sur un petit lopin de coca, il faut trois camions de bananes, d'ananas ou de mangues, périssables, et qu'on ne peut pas transporter faute de voies de communication. Le miracle de la coca, c'est que c'est payé d'avance, transporté en avion, léger et non-périssable. Comment trouver un substitut pour les familles? La réponse consiste à leur permettre de cultiver des terres riches. Pour rappel, nous avons les meilleurs rendements d'exploitation sucrière au monde! C'est bien la preuve qu'on peut envisager une solution viable.

BM: Les E.U. ont mis en place un plan d'action anti-coca: est-ce la bonne méthode?

IB: Il en va de la survie de notre société. Il faut que la Colombie se libère de ce fléau de la drogue. L'intervention américaine n'est pas la plus efficace, c'est du grand show. La vraie question, c'est la réforme agraire, le seul moyen de dénarcotiser le pays.

BM: Vous devrez en passer par Washington?

IB: Non, notre sort se règle ici. Je veux un monde meilleur. Je veux le soutien de la rue, c'est elle qui changera les choses. Ceux qui ont tout ne souhaitent que le statu quo. Le cap, l'étoile, c'est de défendre nos idéaux.

BM: L'an prochain, vous visez la présidence du pays. Quelle serait la première mesure si vous étiez élue?

IB: La protection de l'enfance! Il y a urgence. Etre un enfant en Colombie, ça se paye cher: ils sont battus, abusés, misérables. L'Etat de droit doit protéger les plus faibles. Ensuite, il faut mettre fin à l'arbitraire et à la mainmise de la mafia. Regagner une légitimité, une crédibilité.

BM: C'est une révolution que vous proposez!

IB: Oui bien sûr. Quand tout s'écroule, il faut reconstruire.

BM: Tout cela avec les mots?

IB: C'est une arme très efficace. Il faut savoir l'utiliser; je sais l'utiliser.

BM: Vous ne rêvez pas de temps en temps de frivolité, de mode ou de petits plaisirs?

IB: De moins en moins. J'ai perdu le goût de ces choses-là. Je suis devenue ennuyeuse (rires). Ma jeunesse de coeur, je la retrouve avec mes enfants, Lorenzo et Mélanie.

? BM: D'autres femmes ont fait avancer la politique avec grandeur; elles vous guident ?

IB: Oui, mais je ne me prends pas pour une héroïne. J'aime Electre, Antigone. Nous avons, nous les femmes, quelque chose à apporter d'autant que nous fûmes absentes de la scène politique pendant longtemps. L'égoïsme, l'individualisme sont tout de même plutôt des "valeurs" masculines. Les femmes sont plus sensibles au long terme. Elles sont habituées à servir. Et en politique, c'est un plus.

Annexe C

L'incorruptible de Bogota

par Axel Gyldén – L’Express

 

Sénatrice, Ingrid Betancourt dénonce sans faillir les cartels de la drogue et la corruption. Elle publie en France La Rage au cœur.

 

Rien ni personne n'est à ce jour parvenu à faire taire Ingrid Betancourt, 39 ans. Star de la politique en Colombie, cette (jolie) sénatrice au verbe haut est devenue en une décennie un véritable phénomène. Parfaite inconnue voilà dix ans, Ingrid Betancourt s'est engagée - à ses risques et périls - dans le combat le plus imprudent qui soit au pays des cartels de la drogue: dénoncer la corruption débridée de la classe politique. Diplômée de Sciences po Paris, cette francophile de 39 ans veut prouver que «dans les Andes aussi, on peut faire de la politique sans acheter les gens, sans les pourrir». Idéaliste, décontractée, «bosseuse», cette femme bien née impose d'emblée un style. Alors qu'elle est candidate aux législatives de 1994, son logo représente un... préservatif! Son slogan - «La corruption est le sida des Colombiens!» - fait mouche.

Elue députée, sa croisade anticorruption commence par une enquête fouillée, qui fait éclater un scandale lié à un très douteux contrat d'armement. Auteur d'un «code d'éthique politique», elle inquiète le microcosme. Un jour, au journal de 20 heures, elle balance cinq noms d'élus (parmi tant d'autres) financés par le cartel de Cali. Puis, elle s'attaque au président Ernesto Samper (1994-1998), dont le profil répond au même critère. Pour alerter l'opinion, la pasionaria fait pendant deux semaines une grève de la faim archimédiatisée, dans les couloirs du Parlement. Mais comment réduire au silence cette enragée? Un procès est monté de toutes pièces pour la discréditer; elle déjoue habilement le piège. Vient le temps des menaces de mort. Mais rien n'arrête l'indomptable obstinée que protègent jour et nuit deux gardes du corps. Rompant la tradition d'un bipartisme vermoulu, elle fonde son parti, Oxygène. Nouveau succès: à l'élection sénatoriale en 1998, elle obtient un record de suffrages. «L'espoir est là. Un jour, la Colombie se redressera grâce à l'effort silencieux des Colombiens intègres, qu'à l'image des Algériens et des Iraniens on piétine et martyrise!» clame, la rage au coeur, la sénatrice, qui envisage un destin présidentiel dans un futur proche. «La Colombie n'a jamais eu que des petits chefs à sa tête», écrit-elle à juste titre. «Nos vrais leaders ont tous été assassinés.» Et l'on frémit. Car Ingrid Betancourt est un vrai leader.

La Rage au cœur, Ingrid Betancourt. XO éditions, 250 p., 119 F.

Annexe D

Communes d'Auvergne ayant voté la motion de soutien 

 

Martine SODAIGUI coordinatrice des comités d'Auvergne